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Approche systémique PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 19 Novembre 2011 12:26

 

 

Qui n’a pas entendu parler de la théorie des dominos ou du battement de l’aile d’un papillon en Afrique qui pourrait déclencher un cyclone au Brésil. Ces deux exemples soulignent les effets systémiques, c’est à dire les interactions qui existent entre les différentes parties d’un système et le fait que, lorsqu’on modifie l’état ou le comportement d’un des éléments du système, c’est l’ensemble des éléments composant le système qui est affecté. Concrètement, cela signifie que chacune de nos actions a un effet sur les personnes de notre entourage immédiat, mais également sur l’ensemble des membres de nos communautés culturelles, voire mondiales. Dans le cadre d’une famille ou d’une classe, les interactions entre les personnes vont générer des comportements qui ne seraient pas nécessairement présents sans ces interactions. Certains de ces comportements sont enrichissants, d’autres limitent le bien-être de certain de manière individuelle ou collective.

Inspirées des travaux réalisés chez des enfants schizophréniques en Californie, deux « écoles » ont vu le jour au départ des principes fondamentaux de la systémique : l’école nord-américaine de Palo Alto (approche souvent confrontante) et l’école européenne de Rome (approche considérée comme plus douce). La systémique est une approche thérapeutique idéale pour intervenir en milieu familial et scolaire. Le principe de base réside dans le fait qu’un enfant ou un adulte qui s’exprime par des comportements dérangeants dans la famille ou dans la classe est le « symptôme » d’un mauvais fonctionnement dans la dynamique familiale ou scolaire, alors que l’entourage ne peut garder son équilibre que par la présence du « symptôme » qui assure malgré lui l’homéostasie de la famille ou de la classe.

L’objectif de la thérapie systémique sera dès lors, d’une part, d’identifier les causes qui favorisent l’émergence du « symptôme » (comportement dérangeant) et, d’autre part, d’explorer des alternatives comportementales (par des jeux et des mises en situation) de l’ensemble de la famille ou de la classe. Cette approche relationnelles globale permet l’enrayement du « symptôme » par une prise de conscience des membres de la famille et de la classe. Cette approche permet d’initier des changements comportementaux à long terme chez tous les membres du contexte relationnel de l’enfant, plutôt que de stigmatiser l’enfant lorsqu’il développe des comportements dérangeants. Il y a donc nécessité de favoriser des relations de qualité entre chacun des membres du milieu familial ou scolaire à travers, par exemple, l’établissement de « contrats » induisant des changements comportementaux concrets, réalisables et observables.

L’un des inspirateurs de cette approche, Paul Watzlawick, a inspiré le concept du « changement 1 » et du « changement 2 » :

  • le « changement 1 » est un changement comportemental qui reste à l’intérieur du cadre de fonctionnement connu; il y a des prises de consciences et des modifications de comportement, mais généralement, les problèmes de fond restent présents et les changement sont rarement durables, car la problématique revient de manière subtile;
  • le « changement 2 » facilite l’abandon du cadre de référence comportemental connu (et souvent source de « mal être ») pour utiliser un nouveau cadre de vie; chaque personne affronte ses peurs et choisit consciemment de transformer ses patterns via l’exploration de nouveaux cadres moins limitatifs.

Fondamentalement, l’approche systémique tente d’initier des « changements 2 » par la prise de conscience des dynamiques comportementales d’une famille ou d’une classe. La démarche suscite des choix conscients de chacun des membres pour modifier collectivement la dynamique souvent « pathologique » (d’où la présence d’un « symptôme »).

Il faut cependant bien comprendre que la systémique se détache de tout mouvement polarisé qui tenterait de définir ce qui est bien ou mal : les comportements inadéquats sont les meilleures réponses du « système » (la famille, la classe ou l’entreprise, voire la société - voir les livres de Scott Peck) ou d’un membre de ce système pour répondre à un problème donné. Chaque membre du système agissant avec ses peurs, ses attentes, ses blessures et ses croyances, les autres membres en sont automatiquement affectés. Dès lors, la prise de conscience que peut réaliser un des membres du groupe (au moins les adultes) peut faciliter une meilleure communication et un meilleur fonctionnement de la cellule familiale ou du groupe classe. Par exemple, un des aspects majeurs dont la systémique tient compte concerne la communication entre les membres, dont principalement le double langage ou le langage paradoxal. Souvent, nous exprimons verbalement quelque chose et corporellement ou énergétiquement autre chose, c’est à dire la communication est différente entre ce qui est dit ou entendu et ce qui est perçu par le corps. L’enfant sent les deux niveaux et ne sait pas ce à quoi il doit se référer, ce qui induit un inconfort et une réaction défensive limitant les sentis du corps ou confrontant les adultes.

Le senti corporel sera donc un élément important, même si à la base ce n’est pas un des aspects ciblés par les fondateurs de l’approche qui restent centrés sur les tâches (le comment) pour renforcer les d’éventuelles attitudes « ouvertes ». L’utilisation des frontières claires et des enjeux de la double contrainte du lien et de l’individualisation peuvent être des outils très utiles dans un espace thérapeutique familial, puisque ces enjeux se vivent quotidiennement. De plus, l’approche systémique considère les résistances comme des compétences qui seront utilisées pour favoriser les « changements 2 ». La découverte et l’utilisation des résistances, des compétences et des centres d’intérêts des membres de la famille ou de la classe (selon le milieu sous observation) permettra de favoriser les changements durables à travers l’exploration, via, par exemple, des contrats, de nouveaux modes d’interactions entre les personnes. La théorie systémique part du principe que, si on découvre un mode d’interaction plus serein, les comportements dits pathologiques et symptômatiques disparaîtront progressivement.

À travers la recherche d’un nouveau cadre, il y aura donc une recherche de la conscience, de la créativité et de l’authenticité. Comme le propose d’ailleurs la « gestalt-thérapie » et l’approche transactionnelle, la systémique ne cherche pas nécessairement à expliquer les origines d'un problème, mais à prendre conscience de la façon dont il s’organise dans le présent. En d’autres mots, il ne s'agit pas tant de « savoir pourquoi » le symptôme apparaît dans la famille ou dans la classe, mais plutôt de « sentir comment » il apparaît, quelles sont les conditions qui favorisent les comportements défensifs. Prenons un exemple. Comme nous le constatons tous, les enfants sentent tout ce qui se passe autour d’eux. Ils sont de véritables antennes très sensibles aux émotions des autres enfants et des adultes, surtout lorsqu’ils sont significatifs pour eux. Lorsqu’un adulte, que ce soit un parent ou l’enseignant est submergé par un problème, l’enfant le sent très rapidement et il s’approprie inconsciemment la responsabilité de l’émotion de l’adulte. Conséquemment, l’enfant va fréquemment se désorganiser ou s’inhiber (selon le mode de défense sympathique ou parasympathique), car il y a trop d’émotions à contenir par rapport à la force de son Soi.

Pour comprendre un problème familial ou scolaire, il importe de voir ce problème dans son ensemble, de dégager un regard plus vaste sur le contexte. Les processus émotionnels de chaque membre de la famille ou de la classe peuvent donc être abordés, selon le modèle de Rosenberg, tout en ne stigmatisant pas les personnes, ni les adultes, ni les enfants. Cette démarche favorise généralement beaucoup de compassion entre les membres du groupe classe ou de la famille. Ensuite, il est important d’observer comment individuellement les membres de la famille ou de la classe recherchent stratégiquement à trouver leur zone de confort dans la double contrainte du lien et de l’individualisation. Si nous sommes capables de reconnaître notre propre processus émotionnel et celui des autres, il est dès lors plus facile de rester dans ses frontières et de ne plus interpréter les actes des autres comme des tentatives d’agression.

Dès lors, à travers les prises de conscience tant chez les enfants que chez les adultes, les contrats et les jeux vécus en lien avec le thérapeute, il s’agit d'expérimenter des aménagements relationnels qui seront des sources créatives d’harmonie dans la famille ou dans la classe. Plus les membres de la famille ou de la classe sont créatifs, plus ils ont la capacité de trouver de nouvelles solutions pour vivre ensemble et aborder les problématiques ou les situations critiques autrement. Par exemple, les enfants ont un profond besoin de transparence et d’authenticité de la part des adultes. Cela leur permet de ne pas s’approprier l’expérience des autres et donc de rester centrer sur leur expérience personnelle. Progressivement, il peut se dégager une relation sereine avec les autres et avec soi-même, relation emplie de respect et de compassion.

 

Mise à jour le Lundi, 09 Avril 2012 01:04