accueil // Nouveautés // Quêtes de vie // Maladie d’Alzheimer, maladie de l’âme?

Suivez-nous sur Facebook


Maladie d’Alzheimer, maladie de l’âme? PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 19 Novembre 2011 13:32

Publié dans l'Actualité Médicale le 9 novembre 2011

 

Il y a quelques jours, je recevais une lettre d’une religieuse qui se réjouissait d’apprendre que la prière permettait de réduire les risques de développer la maladie d’Alzheimer. Une de ses collègues lui avait, en fait, rapporté une partie de mes propos tenus, en mai dernier, lors d’une conférence sur les liens entre les neurosciences et la spiritualité.

Fléau

S’il existe une maladie qui interpelle beaucoup de personnes, c’est l’Alzheimer. Je ne vous apprendrai pas qu’elle touche 1 personne sur 13 à 65 ans, 1 sur 3 à 80 ans et 1 sur 2 à 90 ans. La maladie se caractérise essentiellement par la présence de plaques β-amyloïdes s’agglutinant autour des neurones, ce qui finit par les « étouffer » et entraîner progressivement différentes pathologies.

Il est toutefois difficile de la dépister clairement avant un examen post-mortem du cerveau. Aussi, c’est l’évaluation des comportements qui peut laisser craindre l’éventuelle apparition de cette maladie. La personne commence par avoir des déficits sensoriels, puis cognitifs. Elle se replie sur elle-même jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus entrer en contact avec autrui.

À ce jour, il n’y a aucun traitement efficace puisqu’il est très rare de voir apparaître de nouveaux neurones pour compenser la dégénérescence, alors que l’affection neurologique est éparse dans l’ensemble du cerveau émotionnel et du néocortex. Si l’implantation de cellules souches fait rêver certains, ce seront peut-être les nanotechnologies qui permettront un jour d’identifier et de soigner cette maladie.

Par ailleurs, la prescription de certains médicaments psychotropes, dont les somnifères et les anxiolytiques, encouragerait l’apparition des symptômes. En effet, Sciences et Avenir vient d’annoncer qu’une équipe de chercheurs, dirigée par Bernard Bégaud de l’Université de Bordeaux, avait démontré un lien entre ces psychotropes et l’apparition de la maladie dans la soixantaine chez 16 000 à 31 000 personnes, rien qu’en France.

Prévention

Deux études, l’une menée au Rush Alzheimer’s Disease Center et l’autre à l’University of Kentucky, ont examiné près de 1500 prêtres, religieuses et moines pour constater qu’ils étaient rares à développer les symptômes de l’Alzheimer.

Pourtant, on observe la présence de plaque β-amyloïdes dans les évaluations post-mortem dans des proportions similaires à celles de la population en général. Les chercheurs en ont conclu qu’une attitude positive face à la vie réduisait de façon importante le risque de développer les atteintes neuropsychologiques.

À cela s’ajoute l’importance de la nutrition, puisque des études menées à l’Université Victor-Segalen (Bordeaux), à l’Erasmus Medical Center (Rotterdam) et à l’University of South Florida (Miami) ont démontré l’importance de l’oméga-3 et des nutriments antioxydants, dont les vitamines C et E.

Rappelons-nous que seuls 5 % des diagnostics sont attribuables à une transmission génétique, ce qui veut dire que les habitudes de vie seraient la cause de la maladie dans 95 % des cas. On pourrait donc déterminer des conditions gagnantes qui, grâce à la plasticité cérébrale, retarderaient ou compenseraient l’apparition des symptômes chez les individus.

Pour ce faire, je vous propose sept habitudes de vie qui maintiendront la santé du cerveau :

  1. Développer une attitude positive face à la vie, c’est-à-dire encourager l’humeur joyeuse et le plaisir de vivre à chaque moment, même s’il est difficile;
  2. Développer une meilleure gestion du stress émotionnel et une qualité de vie relationnelle la plus harmonieuse possible;
  3. Donner du sens à sa vie, y compris aux moments difficiles, de manière à stimuler sa force de résilience;
  4. Maintenir des activités intellectuelles, avec de la lecture, des jeux intelligents ou de l’intérêt pour différents phénomènes ou événements qui passionnent l’individu;
  5. Améliorer la qualité de la nourriture, ce que Richard Béliveau ne contredira certainement pas, en réduisant le nombre d’aliments toxiques ou transformés et en favorisant ceux qui soutiennent réellement le corps et ses organes;
  6. Faire de l’activité physique, ne serait-ce que trois fois 30 minutes par semaine;
  7. Faire confiance au processus de la vie, par la pratique de la méditation, de la prière, de la contemplation, etc.

Maladie de l’âme ?

J’ai donc répondu à ma correspondante que les symptômes de l’Alzheimer semblaient plutôt pouvoir se prévenir grâce à son mode de vie, ce qui inclut non seulement la prière, mais également l’ensemble des aspects de sa vie en communauté.

Loin de moi l’idée bien sûr de réduire l’être humain à sa physiologie, mais selon ma compréhension des choses, je dirais que la prière, comme la méditation, agirait essentiellement comme un état intérieur qui contribue à une vie sereine, ce qui est la base de ce que le cerveau a physiologiquement besoin pour se régénérer efficacement. Une saine gestion du stress permet également de réduire le déséquilibre du système végétatif qui, sous l’effet du débalancement ou des hormones libérées, perturbe la circulation sanguine dans le cerveau et affecte l’apport d’oxygène et des nutriments nécessaires au maintien et à la création de nouvelles connexions nerveuses.

En effet, nos vies trépidantes et notre quête de performance – familiale ou professionnelle – nous amènent à réduire le temps de qualité avec notre entourage et les moments nécessaires pour résoudre nos conflits, à diminuer la qualité de la nourriture avec les plats préparés et mangés sur le coin de la table, à oublier les promenades en forêt pour courir d’un magasin à l’autre et à faire un usage, parfois inadéquat, de la télévision pour décompresser…

La maladie d’Alzheimer n’est peut-être pas une maladie de l’âme, mais elle traduit peut-être que nos sociétés modernes ont, elles, perdu la leur…

Lâcher prise, mais s’impliquer

Nous pouvons dès lors poursuivre notre quête de performance ou nous repositionner dans une qualité de vie qui favorise des états psychologiques qui augmentent les chances de vivre en santé.

Une double chose que j’ai apprise toutefois pour sortir de ma propre quête de performance. D’abord, les changements de mode de vie se font progressivement. Vouloir tout transformer drastiquement risque plus de nous épuiser que de nous permettre d’atteindre nos buts, car ce serait alors une forme subtile de performance et les changements ne seraient probablement pas durables.

Ensuite, lorsque je travaillais avec des enfants sourds-aveugles, j’étais quelque peu désorienté pour évaluer mes interventions. Un collègue m’a invité alors à me soucier de la qualité des outils que j’offrais, pas du résultat qui appartenait à l’enfant. Comme clinicien, nous avons une exigence de qualité d’intervention thérapeutique, mais la guérison appartient à nos patients.

Pour en savoir plus

  • Dossier spécial, Ces médicaments qui favorisent Alzheimer, Sciences et Avenir, numéro 776, octobre 2011.
  • Joël Monzée, « Neuropsychologie et généticisation: limites scientifiques et éthiques », In : Hervé Ch. et coll. (dir.), Généticisation et responsabilités, Éditions Dalloz, Paris, 2008:53-78.
  • Joël Monzée (dir.), Devenir Soi ! – Actions concrètes pour intégrer nos cheminements personnels, Éditions du Dauphin Blanc, novembre 2011.

Publié dans l'Actualité Médicale le 9 novembre 2011

Auteur: Joël Monzée, Ph.D.

alt     alt

Mise à jour le Samedi, 19 Novembre 2011 13:46