| Tout se joue avant six ans. Et après? |
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| Samedi, 19 Novembre 2011 13:52 |
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Publié dans l'Actualité Médicale le 19 octobre 2011
Qui n’a jamais entendu la phrase «tout se joue avant six ans»? En effet, le cerveau des enfants est facilement modifiable par l’expérience qui conditionne le potentiel offert par l’héritage génétique. On sait désormais que ce processus se prolonge beaucoup plus longtemps, y compris chez l’adulte. Avant six ansDe plus en plus d’études démontrent que la période de gestation et les premières années de vie d’une personne vont conditionner sa qualité de vie pour longtemps. Selon la pédopsychiatre Jean Clinton, les trois premières années seraient primordiales pour assurer un développement adéquat sur les plans physique, émotionnel et cognitif, mais aussi de son système immunitaire. Ces dernières années, Suzanne King et ses collaborateurs à l’Hôpital Douglas ont suivi une cohorte d’enfants qui étaient en gestation lorsque leur mère a vécu la crise du verglas qui priva d’électricité la grande région de Montréal en janvier 1998. Certaines mères furent relogées dans la famille ou dans des centres d’accueil disposant de génératrices ou épargnés par les coupures électriques. Plus tard, si la moyenne de cette cohorte reste dans les normes, elle se situe toutefois en deça de celle de la population générale. En clair, cela signifie que ces enfants montrent plus fréquemment des difficultés d’apprentissage que leurs pairs, à cause du stress vécu par leur mère. Par ailleurs, Michaël Meaney et son équipe de l’Université McGill ont observé la présence de cicatrices sur l’enveloppe biochimique cérébrale abritant les gènes modulant la réponse au stress chez des personnes ayant vécu une enfance difficile. Ces lésions, dont le nombre est corrélé avec l’âge où les traumas ont été vécus, empêcheraient le bon fonctionnement de la boucle hormonale et augmenteraient les pensées morbides. DéveloppementIl est certain que la maturation des réseaux de neurones demande plusieurs années. Cela dépend des processus de création des contacts synaptiques et de la myélinisation des axones, mais aussi de la qualité de l’expérience vécue, d’où l’importance d’offrir aux enfants des opportunités d’exploration du monde et d’apprentissage des conduites sociales adaptées à leur étape de développement. Comme la marche qui demande près de sept années pour être considérée comme mature, on oublie parfois que les fonctions humaines reposent sur un processus qui se prolonge durant toute l’enfance. Par exemple, 20% des enfants n’auraient pas nécessairement choisi, à sept ans, quelle sera leur main privilégiée pour effectuer des tâches de motricité fine, et ce, même si on les initie à l’écriture depuis leurs cinq ou six ans. Cela serait dû à un taux de dopamine qui ne serait pas encore stable dans les noyaux gris centraux. On sait aussi que le temps digital (objectif) ne s’installe qu’aux alentours de 9-10 ans. Précédemment, c’est le temps analogique (subjectif) qui prédomine. L’émission Toc-Toc-Toc qui dure 26 minutes est plus courte pour les jeunes enfants que 5 minutes à attendre leur dessert préféré! Faut-il s’étonner qu’un enfant de 8 ans ne comprenne pas nécessairement certaines demandes des adultes comme «on part dans 15 minutes»? Certaines psychopathologies, comme le trouble de personnalité limite, pourraient disparaître naturellement chez certains individus vers l’âge de 35-40 ans, voire plus rapidement si la personne entame une psychothérapie, grâce à leur expérience de vie. Ainsi, le cerveau reconfigure les réseaux et réactualise sans cesse les acquis, y compris chez les adultes. Plasticité cérébraleLes livres de références parlent désormais de la place que requiert l’auriculaire dans le néocortex des joueurs de violon. L’imagerie cérébrale montre que la zone dédiée à son activation s’étend en fonction de l’apprentissage des mélodies. On s’est d’ailleurs rendu compte que le cerveau des musiciens pouvait permettre aux neuroscientifiques d’observer les bienfaits de la plasticité cérébrale. Parmi d’autres, Thomas Münte et ses collaborateurs ont demandé à quelques pianistes d’écouter et de jouer une pièce musicale complexe de Franz Litz. Les profils d’activation cérébrale ont montré une correspondance à 0,98 entre l’écoute et l’action chez les pianistes pratiquant cette pièce depuis 20 ans. Ce qui est toutefois intéressant, c’est l’évolution des profils chez ceux qui découvraient la pièce. Au départ, la similarité moyenne affichait 0,76. Après 20 minutes de pratique, la similarité passait à 0,83, puis à 0,96 après 20 jours de pratique. On assiste donc à une réorganisation neurologique progressive en fonction de la durée de l’apprentissage. Par ailleurs, des études en imagerie cérébrale ont été menées chez des moines bouddhistes, des adeptes de la méditation et des sœurs carmélites. Il en ressort que les profils d’activation cérébrale des moines et des adeptes de la méditation diffèrent de ceux observés dans la population générale. En premier lieu, le cortex préfrontal gauche est plus actif, ce qui tempère l’activité préfrontale droite qui, lorsqu’elle est trop active, induirait une dramatisation névrotique de la réalité. Le cortex sensorimoteur, mais surtout somatosensoriel, est également plus actif, ce qui tempérerait l’action des complexes amygdaliens responsables des réactivités défensives dans des situations perçues comme menaçantes. L’insula, une structure contribuant à l’empathie, la compassion et les fonctions langagières, est également plus active, tout comme le cortex préfrontal antérieur et dorsolatéral impliqué dans les processus cognitifs complexes et le contrôle excécutif. Le cerveau des carmélites montre également une activation plus importante de trois autres zones cérébrales: le noyau caudé, reconnu comme une structure essentielle dans la sensation de bonheur et l’amour maternel; le cortex pariétal inférieur, ce qui refléterait l’usage de la perception visuomotrice pour «projeter» l’image de soi ou se visualiser «ailleurs»; le cortex pariétal supérieur, impliqué dans la représentation du corps dans l’espace. L’expérience de l’état de prière permettrait donc de développer de meilleures habiletés relationnelles. De plus, la mortalité cellulaire est moindre chez ces sujets, notamment au niveau du thalamus qui relaie les influx sensoriels et stimule les cortex préfrontal et sensoriel, ainsi qu’au niveau de la matière grise cérébrale dans les aires corticales impliquées dans l’empathie, le langage, la conscience corporelle, etc. Intelligence émotionnelleL’intelligence émotionnelle pourrait donc être optimisée par l’usage d’état méditatif qui offrirait à l’individu une ressource consistant notamment à prendre une certaine distance par rapport à une situation difficile, y compris pour tempérer la douleur physique comme l’a récemment rapporté Pierre Rainville de l’Université de Montréal. L’activation des zones sensorimotrices paraît particulièrement intéressante, même sans mouvement, elles permettent de tempérer la boucle neuronale du stress. Enfin, ces études montrent surtout comment le cerveau continue de se développer bien après l’âge de six ans, ce qui est une opportunité pour les patients en difficulté, car l’apprentissage de nouvelles habitudes de vie pourrait contribuer à une gestion des émotions qui, s’appuyant sur les ressources de la plasticité cérébrale, soutiendrait plus efficacement leur santé. Pour en savoir plus :
Publié dans l'Actualité Médicale le 19 octobre 2011 Auteur: Joël Monzée, Ph.D.
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